Un gorille à la table

Les études convergent, les experts s’accordent, environ 1300 milliards de tonnes de produits alimentaires sont gaspillées, soit un tiers de la production totale (estimation basse). Par définition les pertes ou gaspillages alimentaires sont constitués par l’ensemble des aliments perdus ou gaspillés dans la partie des chaînes alimentaires produisant «des produits comestibles destinés à la consommation humaine». Le sujet émerge en Europe où la mobilisation et les initiatives innovantes se télescopent (ce qui est bon signe!) mais les pays en développement – dont le continent africain – ne bénéficient pas pour le moment de ce dynamisme nouveau. 

Or si le gaspillage alimentaire touche principalement la distribution et le stade de la consommation en France, les pays en développement sont confrontés à des pertes d’après récoltes, et cela de manière significative. Près de 23% de ce qui est produit en Afrique est perdu et ne bénéficie pas aux populations locales. Techniques de récoltes, conditions de stockage et de transport, modes de transformation, accès au marché, concordance entre l’offre et la demande sont à l’origine de près de 70% des pertes post-récoltes. Ces dernières, potentiellement évitables, impactent directement et négativement l’environnement et la biodiversité, la fertilité des sols et les rendements, les revenus de producteurs… etainsi indirectement le développement économique de certains pays et la faim qui touche près de 226 millions d’Africains.

Les organisations internationales, les bailleurs, ONG et autres acteurs du développement spécialisés sur les enjeux de sécurité alimentaire connaissent depuis longtemps l’enjeu majeur des pertes post-récoltes sans pour autant y avoir apporté des réponses efficaces. Tel ‘a gorilla at the dinner table’, le sujet est oublié et sa présence semble inéluctable le long des filières. 
Avec 5,5% de croissance en Afrique en 2013 et près de 60% d’entrepreneurs, il est temps de laisser leur chance aux initiatives venues du terrain, initiées par des Africains porteurs de solutions et innovants qui construisent l’Afrique de demain. Le développement exponentiel des innovations liées à la téléphonie en Afrique laisse entrevoir que les solutions locales peuvent dépasser les temps longs des projets d’organisations internationales, bien souvent calqués sur les méthodes d’innovation des pays du nord. Il faut croire que les solutions aux pertes et gaspillages alimentaires en Afrique seront mises en oeuvre par ceux qui y sont confrontés directement et qu’émergera des innovations frugales, valorisant les potentialités locales, dont nous pourrons/devrons demain nous inspirer.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s